Ce lundi 12 janvier sur les antennes de RFI, Cellou Dalein Diallo s’est exprimé sur la situation politique en Guinée. Depuis Abidjan, où il vit en exil depuis trois ans, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) conteste la légitimité de l’élection présidentielle du 28 décembre, justifie son absence du fichier électoral et évoque les menaces de dissolution qui pèsent sur son parti.
Dans cet entretien accordé à Christophe Boisbouvier, l’ancien Premier ministre se montre réservé face aux vœux de justice et de prospérité formulés par le président Mamadi Doumbouya. Selon lui, ces discours rassurants se répètent depuis la prise du pouvoir. Il rappelle que c’est précisément la promesse d’un retour rapide aux civils qui avait suscité, au départ, l’espoir d’une partie de la population.
Mais pour Cellou Dalein Diallo, les actes ont contredit les engagements. Il dénonce des disparitions forcées, la fermeture de radios, des poursuites judiciaires qu’il juge arbitraires ainsi que des morts suspectes en détention. « Toutes les voix dissonantes ont été réduites au silence », affirme-t-il, décrivant une transition marquée par un durcissement progressif du régime.
Sur le plan économique, le leader de l’UFDG relativise les chiffres de croissance avancés par les autorités, rappelant les importantes ressources minières du pays et l’effet de la reprise post-Covid. À ses yeux, ces indicateurs ne peuvent masquer l’absence de libertés publiques ni le déficit démocratique.
Au lendemain de la présidentielle, le président Mamadi Doumbouya a appelé les Guinéens au rassemblement. Une main tendue que Cellou Dalein Diallo dit pouvoir saisir, à condition que le dialogue porte sur un retour effectif à l’ordre constitutionnel, la restauration des libertés publiques et la protection des droits humains. Il rejette toutefois toute crédibilité au scrutin du 28 décembre, qualifié de « mascarade », affirmant que la participation réelle a été largement inférieure aux chiffres officiels.
Concernant son absence du fichier électoral, l’opposant conteste la version du gouvernement. Il affirme avoir tenté de se faire recenser à l’étranger avec des documents valides, mais que des instructions venues de Conakry auraient bloqué la procédure. Son retour en Guinée, explique-t-il, a été écarté pour des raisons de sécurité, évoquant des cas de disparitions, d’arrestations et de morts suspectes de figures critiques du pouvoir.
La menace de dissolution de l’UFDG, si le parti ne tient pas son congrès d’ici mai 2026, est perçue comme une nouvelle tentative de neutralisation politique. Malgré cela, Cellou Dalein Diallo assure que son parti continue de fonctionner grâce à ses responsables restés sur le terrain, au prix de risques importants.
Malgré l’exil et les pressions, l’opposant se veut déterminé. Pour lui, le scrutin du 28 décembre n’a pas mis fin à la transition. « Ce n’est pas un retour à l’ordre constitutionnel, mais une prolongation de la période d’exception », insiste-t-il, estimant que cette situation ne peut durer indéfiniment. « On ne peut pas empêcher éternellement l’expression de la volonté du peuple », conclut-il.
Décryptage – Madiba Kaba





