À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, célébrée officiellement le 22 mars, le ministre guinéen de l’Hydraulique et de l’Assainissement, M. Aboubacar Camara, a choisi la veille pour prononcer un discours sans détour, appelant à une prise de conscience nationale face aux défis liés à l’accès à l’eau potable en Guinée.
« Je ne suis pas ici pour commémorer une ressource, mais pour faire face à une réalité », a-t-il déclaré d’entrée, posant ainsi le ton d’une intervention marquée par la franchise et l’urgence. Pour le ministre, au-delà des discours et des chiffres, « l’eau, c’est la vie », mais aussi « une responsabilité collective, immédiate et historique ».
S’inscrivant dans le thème de cette année, « Eau et Égalité », il a insisté sur le fait que l’accès à l’eau ne relève pas uniquement des infrastructures, mais constitue une question de justice, de dignité et d’équité. Il a notamment mis en lumière le poids que cette réalité fait peser sur les femmes et les jeunes filles, souvent contraintes de parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau, au détriment de leur éducation et de leur santé.
Malgré le statut de la Guinée comme « château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », le ministre a reconnu que l’accès à l’eau potable reste en deçà des attentes des populations. « Dans nos villes, dans nos villages, des femmes, des hommes, des enfants continuent de chercher de l’eau, d’attendre l’eau, d’espérer l’eau », a-t-il regretté.
Face à une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée, il a alerté sur les risques de stress hydrique dans les prochaines décennies, aggravés par les effets du changement climatique. « Des villes entières pourraient manquer d’eau », a-t-il prévenu, tout en assurant que ce scénario peut être évité grâce aux actions déjà engagées.
Le ministre a ainsi évoqué les efforts entrepris ces dernières années, notamment le renforcement des réseaux d’adduction d’eau, la multiplication des infrastructures en zones rurales et le lancement de projets structurants comme celui de l’alimentation en eau potable du Grand Conakry. Toutefois, il a reconnu que ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins, estimés à près de 2,4 milliards d’euros d’investissements.
Dans un plaidoyer pour un changement de modèle, il a affirmé que « l’eau doit payer l’eau », soulignant la nécessité d’attirer les investisseurs privés et les institutions financières. « Investir dans l’eau, ce n’est pas investir dans un produit, c’est investir dans la vie », a-t-il insisté.
Le ministre a également dénoncé le gaspillage et les pertes liées aux infrastructures défectueuses, appelant à un changement de comportement des citoyens. « Chaque goutte perdue aujourd’hui est une crise demain », a-t-il averti.
Enfin, il a annoncé des avancées concrètes, notamment le démarrage prochain de projets hydrauliques dans certaines villes de l’intérieur du pays, ainsi que la desserte en eau potable de nouvelles localités jusque-là non couvertes.
En conclusion, il a lancé un appel à la responsabilité partagée, invitant l’État, les collectivités, le secteur privé et les citoyens à s’engager pleinement pour relever ce défi majeur. « L’eau n’est pas un problème de demain. C’est une urgence d’aujourd’hui », a-t-il conclu.
Par Madiba Kaba





