Le combat contre les ordures à Conakry entre dans une nouvelle phase. Dans la nuit de dimanche à lundi, peu avant minuit, le ministre de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a effectué une patrouille de supervision aux côtés des services techniques et des collectivités. Objectif : constater l’état d’avancement du ramassage des ordures et rappeler les responsabilités de chacun. « Chaque nuit, nous allons mener des patrouilles avec le gouvernement. Tant qu’il y aura de l’air dans les poumons, nous serons dehors », a lancé le ministre, déterminé.
À 22h déjà, l’opération T8 avait commencé, avant une descente à Hamdallaye puis à Sonfonia Gare, zone connue pour ses dépotoirs sauvages. Sur place, le ministre a constaté les travaux de ramassage en compagnie des équipes engagées dans la journée nationale d’assainissement. Mais pour lui, ramasser ne suffit plus : il faut désormais s’assurer que ces lieux ne redeviennent plus des dépotoirs.
Durant cette sortie, Aboubacar Camara a été catégorique : les responsables locaux devront assumer leurs obligations. « Si les chefs de quartier et les chefs de secteur ne font pas leur travail, ils ne dormiront pas, et moi non plus. Ceux qui ne vont pas assumer seront purement et simplement révoqués. » Selon lui, l’inaction ou la tolérance face aux comportements malsains est l’une des causes majeures de la dégradation de l’environnement urbain.
Le ministre n’a pas mâché ses mots face aux pratiques encore trop répandues dans la capitale. « Comment peut-on prendre des ordures chez soi pour aller les jeter sur le trottoir ? Vous nettoyez votre maison et vous salissez la ville. Cette situation est honteuse. » Il rappelle que l’insalubrité n’est pas qu’un problème visuel, mais aussi une menace sanitaire permanente. « Paludisme, fièvre typhoïde… Ce sont les premières causes de consultation dans nos hôpitaux. Ce sont des maladies liées à la saleté. »
Au cours de cette sortie, le ministre a également annoncé une réforme majeure prévue pour 2026 : l’adossement du paiement des déchets aux factures d’eau et d’électricité. Cette mesure, selon lui, permettra de stabiliser le financement du ramassage, d’alléger les coûts pour les ménages et d’attirer de grandes entreprises capables de moderniser le secteur. Aujourd’hui, les montants payés aux PME varient entre 50 000 et 200 000 GNF par ménage, souvent pour un service insuffisant. « Les communes doivent choisir des PME efficaces et les ménages doivent s’abonner. Chacun doit jouer sa partition », insiste-t-il.
Le ministre assure que la sensibilisation se poursuivra, mais la répression également. « On ne laissera plus cette situation perdurer. Les ménages, les chefs de quartier, les PME : chacun a une responsabilité. Les comportements malsains seront sanctionnés sans état d’âme. » Il salue toutefois les efforts des collectivités locales et de la gouverneure de Conakry, avec qui une dynamique de suivi nocturne est désormais instaurée.
Pour Aboubacar Camara, l’insalubrité n’est pas seulement une question d’hygiène, mais aussi d’image et de dignité nationale. « Nous construisons des routes, des immeubles. Ce développement ne peut pas se faire dans la saleté. Nous devons nous réveiller. » La croisade contre les ordures est donc appelée à s’intensifier dans les prochains jours, avec l’ambition d’imposer un changement durable dans les comportements et dans la gestion des déchets à Conakry.
Par Madiba kaba-626205653








