Conakry accueille depuis ce samedi, 16 mai une série d’activités marquant la Journée internationale des musées, célébrée chaque année le 18 mai. Au Musée national de Guinée, chercheurs, conservateurs, diplomates et acteurs culturels échangent autour d’un thème central : la recherche de provenance et la restitution des biens culturels africains conservés à l’étranger.
Dès l’ouverture du colloque, l’ambassadeur de France en Guinée, Luc Briard, a insisté sur l’importance de ce partenariat culturel, notamment à travers le projet de musée virtuel et la future réhabilitation du Musée national avec l’appui de l’AFD.
Pour Idèle Majdoubi, cheffe de projet du Musée virtuel au sein d’Expertise France, ce colloque vise avant tout à vulgariser la notion de recherche de provenance.
« Il s’agit de comprendre d’où viennent les objets, comment ils ont été acquis et, dans certains cas, s’ils ont été spoliés », explique-t-elle.
Dans la salle, les échanges ont rapidement mis en évidence un enjeu majeur : la constitution d’un réseau de chercheurs et de communautés capables de travailler ensemble sur l’histoire des objets africains dispersés à travers le monde.
Le projet de musée virtuel porté par Expertise France s’inscrit justement dans cette dynamique. Plus de 1 800 objets du Musée national de Guinée ont déjà été inventoriés et intégrés dans une base de données numérique. Une partie de ces œuvres est également visible dans des institutions étrangères, notamment en France et en Allemagne, à travers des plateformes numériques.
Objectif affiché : rendre ce patrimoine accessible, mais aussi permettre aux communautés d’en retrouver le sens et le contexte d’origine.
Invité à prendre la parole, Franck Ludwig William Pacere, conservateur du patrimoine béninois, a insisté sur la complexité juridique du processus de restitution. Selon lui, tout commence par un travail d’identification rigoureux des œuvres et une coopération étroite entre États.
« Il faut du dialogue, du respect et des cadres juridiques solides. Ce n’est pas un affrontement, mais un partenariat », a-t-il rappelé.
Il souligne également la nécessité de renforcer les capacités des musées africains pour garantir la conservation des œuvres une fois restituées.
Du côté du Musée national de Guinée, le directeur général Mohamed Amirou Conté a détaillé un programme riche étalé sur trois jours.
Entre colloques, ateliers sur le numérique, projections de films et performances artistiques, l’institution veut ouvrir ses portes au grand public et surtout aux jeunes.
Le 18 mai, point d’orgue des activités, une cérémonie officielle sera présidée par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, suivie du vernissage d’une exposition et d’une visite guidée.
Sur la question sensible du retour des biens culturels guinéens, Mohamed Amirou Conté rappelle que le processus reste long et structuré.
« Il faut d’abord savoir où se trouvent les œuvres avant de penser à leur retour », insiste-t-il.
Le gouvernement guinéen, avec l’appui de l’AFD, a d’ailleurs engagé un projet de rénovation et d’extension du Musée national estimé à 16 millions d’euros, afin de préparer des conditions d’accueil adaptées.
Depuis quelques années, la question de la restitution des œuvres africaines connaît une évolution notable, notamment depuis le discours de Ouagadougou en 2017 et les récentes avancées législatives en France.
Mais pour les acteurs présents à Conakry, la restitution ne se limite pas aux objets eux-mêmes. Elle passe aussi par la mémoire, la transmission et la compréhension de leur histoire.
C’est dans cet esprit que s’inscrit le projet de musée virtuel, qui ambitionne de rendre accessibles les collections au plus grand nombre, tout en impliquant les communautés dans leur relecture.
Une démarche qui, selon plusieurs participants, marque le début d’un travail de longue haleine autour de la réappropriation du patrimoine culturel africain.
Par Madiba Kaba











