C’est une page qui se tourne pour la gestion des municipalités guinéennes, mais sous haute surveillance. Ce samedi, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), Ibrahima Kalil Condé, a présidé l’installation officielle des nouveaux exécutifs communaux à travers le pays. Si l’événement marque la fin des régimes de transition locale, le message du gouvernement, lui, résonne comme un avertissement sans frais.
Après des mois de gestion provisoire, les chiffres consolidés par le ministère témoignent de l’ampleur du renouvellement : 8 753 conseillers communaux ont officiellement pris leurs fonctions, encadrés par 375 maires et 1 149 vice-maires. Cette nouvelle vague d’élus se distingue par une forte représentativité des femmes et des jeunes, une configuration saluée par le chef du département comme un tournant majeur pour la démocratie participative à la base. Ce déploiement met ainsi un terme au mandat des délégations spéciales qui assuraient l’intérim dans la plupart des localités.
Toutefois, le ministre Condé a tenu à doucher rapidement tout excès d’enthousiasme. Rappelant les prérogatives de l’État central, il a insisté sur le fait que l’autonomie locale ne signifiait pas l’impunité. Le recours aux délégations spéciales reste une option parfaitement légale et active dans l’arsenal juridique guinéen.
« La normalisation démocratique réaffirme la primauté des élus, mais les délégations spéciales demeurent un instrument légal de normalisation, de régulation et de sauvegarde de l’intérêt général », a rappelé le patron du MATD, s’appuyant sur les textes du Code révisé des collectivités locales.
En clair, le gouvernement n’hésitera pas à suspendre les conseils communaux fraîchement installés en cas de dérives, notamment pour des malversations financières, des fautes graves de gestion, des dérapages budgétaires non justifiés ou des comportements incompatibles avec l’éthique républicaine. Pour la tutelle, cette rigueur est indispensable afin de garantir la continuité du service public et d’éviter le chaos administratif au niveau local.
En conclusion de son allocution, Ibrahima Kalil Condé a exhorté la nouvelle classe politique locale à tourner la page des tensions électorales. L’heure n’est plus à la campagne ni aux divisions partisanes, mais à l’application stricte de la Lettre de politique nationale de décentralisation. Le message est limpide : les populations attendent des résultats concrets en matière d’infrastructures et de services de proximité. Pour y parvenir, les nouveaux édiles devront impérativement fédérer les compétences au-delà de leurs bords politiques respectifs.
Par la Adama Bah





