Comme nous l’avions indiqué hier, l’affaire migratoire que nous suivons prend aujourd’hui une dimension encore plus bouleversante. Dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction ce samedi, Mohamed Lamine Baro, représentant de la communauté guinéenne à Nouadhibou, a livré un témoignage poignant sur le calvaire vécu par ses compatriotes secourus récemment au large des côtes mauritaniennes.
Selon lui, les migrants ont quitté la Guinée par la route pour rejoindre Dakar, avant d’être conduits en Gambie, lieu d’embarquement pour la traversée vers les Canaries. Les passeurs leur ont interdit de prendre de la nourriture, assurant qu’ils avaient tout prévu. En réalité, les survivants n’ont reçu qu’un seul biscuit par jour et une bouteille d’eau pour six personnes, rationnés pour tenir du matin au soir.
Les conditions à bord étaient inhumaines. Des jeunes, sous les ordres du capitaine, frappaient les passagers avec des bâtons et contrôlaient strictement l’eau et la nourriture. La nuit, ils versaient de l’eau froide sur les migrants épuisés, provoquant des malaises et des pertes de connaissance. Certains ont été jetés à la mer alors qu’ils n’étaient même pas morts, raconte Mohamed Lamine Baro, visiblement bouleversé.
Malgré l’intervention rapide de la marine mauritanienne, qui a secouru un grand nombre de migrants, plusieurs ont péri avant même l’arrivée des secours. Mohamed Lamine Baro confirme quatre décès, dont celui d’une femme ayant accouché d’un bébé mort-né. Les survivants ont été pris en charge par la Croix-Rouge mauritanienne, l’OIM, Médecins Sans Frontières et les autorités locales, et reçoivent actuellement des soins d’urgence pour leur santé physique et psychologique.
Le représentant de la communauté guinéenne lance un message fort aux familles et aux jeunes :
> « L’Europe est bonne, oui. Mais rien n’est plus précieux que la vie. Ne vous jetez pas dans la mort. Les réseaux de passeurs commencent en Guinée même. Les contacts, les arrangements, tout se fait là-bas avant Dakar ou la Gambie. »
Ce drame rappelle également celui survenu à Kamsar, avec l’arrivée de 171 migrants, prouvant que ce phénomène se répète et constitue un danger majeur pour la jeunesse guinéenne. Mohamed Lamine Baro appelle à une vigilance renforcée des familles, des autorités et des leaders communautaires pour protéger les jeunes contre les illusions mortelles de l’émigration clandestine.
Affaire à suivre.
Par Madiba Kaba





