L’accès à l’eau souterraine ne sera bientôt plus une zone de non-droit en Guinée. Face à la multiplication anarchique des forages domestiques dans les cours communes et les concessions privées de la capitale, le gouvernement guinéen a décidé de siffler la fin de la récréation. Lors d’un grand oral devant les professionnels des médias ce lundi, le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Aboubacar Camara, a annoncé une batterie de mesures réglementaires destinées à encadrer une pratique devenue incontrôlable.
Pour le chef du département de l’Hydraulique, le constat de départ est limpide : si l’État concède volontiers ses propres limites actuelles à approvisionner régulièrement chaque ménage en eau potable via le réseau public, cela ne justifie pas l’exploitation sauvage de la nappe phréatique. « La nappe phréatique n’appartient à personne en particulier, elle appartient à tout le monde », a martelé le ministre pour justifier l’intervention de la puissance publique. Selon lui, la situation actuelle frôle l’absurde, illustrant son propos par l’image de dix concessions contiguës logeant chacune leur propre infrastructure de pompage alors qu’un seul forage industriel mutualisé suffirait amplement à couvrir les besoins de tout le voisinage.
Des compteurs à domicile et des redevances au-delà d’un certain seuil
Loin de vouloir interdire brutalement ces installations de secours qui pallient les manquements de la SONEDE, le ministère opte pour une approche progressive mais ferme. La feuille de route dévoilée prévoit l’installation obligatoire de compteurs sur les forages de particuliers afin de mesurer précisément les volumes extraits. Un système de paliers sera ainsi instauré : toute consommation domestique standard restera tolérée, mais dès lors qu’un seuil de prélèvement défini par la loi sera franchi, l’utilisateur devra s’acquitter d’une redevance financière.
Cette nouvelle taxe sur l’or bleu ne sera pas sans lendemain. Les autorités précisent que les fonds ainsi collectés iront directement alimenter les caisses du Fonds de l’hydraulique. L’objectif affiché est d’utiliser cette manne financière pour construire des infrastructures d’adduction d’eau d’envergure, afin de raccorder à terme un maximum de foyers au réseau public et réduire définitivement la dépendance des citoyens vis-à-vis des puits et forages privés.
Conscient de l’impopularité potentielle d’une telle réforme dans un contexte social déjà tendu, le ministre Aboubacar Camara a tenu à afficher sa détermination, estimant qu’il faut « du courage pour mener ce type de réformes » structurelles. Cette annonce marque un virage politique majeur dans la gestion des ressources naturelles en Guinée, où le sous-sol a longtemps été perçu à tort comme un bien privé par les propriétaires terriens.
Par Madiba kaba-626205653





