La justice ne peut pas avoir deux visages Par Fodé Amar Soumah

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On nous dit aujourd’hui que la Guinée n’est plus dirigée par la Charte de la Transition, mais par la Constitution.

Très bien.

Mais si la Constitution est désormais la règle, alors elle doit s’appliquer à tous les Guinéens, sans exception.

Car on ne peut pas invoquer la Constitution pour légitimer une candidature, tout en l’ignorant quand il s’agit de libérer un citoyen injustement détenu.

Le cas d’Aliou Bah en est la preuve vivante.

Il est encore privé de liberté pour avoir exercé un droit garanti par cette même Constitution :

le droit à la liberté d’expression et d’opinion.

la Constitution guinéenne stipule que :

“Tout être humain a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, d’opinion et d’expression.”

L’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples que la Guinée a ratifiée ajoute :

“Tout individu a le droit de recevoir des informations.

Tout individu a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements.”

Ces textes sont clairs : nul ne doit être emprisonné pour ses idées, encore moins pour avoir critiqué le pouvoir.

Or, c’est bien ce qui est arrivé à Aliou Bah.

Et aujourd’hui, le président de la transition celui-là même sous qui il fut arrêté devient candidat à une élection qu’il organise.

La question n’est pas politique, elle est morale et juridique.

Un homme qui avait juré sur la Charte de la Transition de ne pas se présenter ne peut pas, quelques mois plus tard, s’appuyer sur la Constitution pour justifier sa candidature, tout en refusant à d’autres les droits que cette même Constitution garantit.

Si l’on considère que la Charte de la Transition n’est plus valable,

alors toutes les décisions prises sous son autorité doivent être réexaminées,

à commencer par les condamnations à caractère politique.

Et la première de ces injustices à corriger, c’est la libération d’Aliou Bah.

On ne peut pas dire : “Nous ne sommes plus dirigés par la Charte” pour se permettre d’être candidat,

et dans le même souffle, continuer à enfermer des citoyens selon les logiques de cette même Charte.

C’est une incohérence totale, une faute politique et une violation du droit.

Une justice qui protège le pouvoir et punit l’opinion n’est plus une justice c’est une arme.

Et une élection où l’on réduit au silence les voix critiques n’est pas un choix démocratique,

c’est une illusion de pluralisme.

Si Aliou Bah était libre aujourd’hui, il aurait pu, lui aussi, présenter sa candidature et débattre à armes égales.

Le priver de cette liberté, c’est fausser le jeu électoral dès le départ.

Il est temps de rappeler que la Charte africaine, la Constitution guinéenne, et les textes de la CEDEAO et de l’Union africaine exigent que toute élection soit fondée sur l’égalité, la liberté et la neutralité des institutions.

Or, rien de tout cela n’existe quand on garde les opposants en prison pour un président-candidat

La Guinée doit choisir :

entre la loi du plus fort et la force du droit.

Entre la peur de la vérité et le courage de la justice.

Et l’histoire retiendra ceux qui auront libéré la parole et la vérité, avant qu’il ne soit trop tard.

Fodé Amar Soumah

Chroniqueur. Il faut que la parole se libère.

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