Les discussions entre le gouvernement guinéen et les syndicats de l’éducation prennent une tournure de plus en plus complexe. Si des avancées salariales ont été actées et que des arriérés sont en cours de déblocage, le dossier central de la réforme du Statut particulier reste bloqué, et les divergences syndicales s’exacerbent.
Depuis novembre 2025, plusieurs mesures concrètes ont été mises en œuvre : la prime de craie est passée de 125 000 à 500 000 GNF, la prime de préparation de 100 000 à 500 000 GNF, et la prime de documentation a été multipliée par cinq, atteignant 1 500 000 GNF. Les enseignants du privé, dont les salaires étaient impayés depuis décembre 2023, voient leur situation presque résolue depuis octobre, tandis que la commission chargée du déblocage continue de travailler pour régulariser le reste des dossiers et remettre les primes sur les bulletins de certains cadres privés de ces droits depuis juillet-août 2025.
Pourtant, ces avancées financières ne suffisent pas à apaiser les tensions. Les syndicats ne s’accordent pas sur la stratégie à adopter. La FSPE et le SNE ont lancé un mouvement de grève pour faire pression sur le gouvernement, tandis que le SLECG privilégie la négociation, invoquant « l’éthique et la procédure » et se disant « vacciné contre toute décision contraire aux intérêts des enseignants ». Cette fracture illustre les courants différents qui traversent le syndicalisme enseignant guinéen.
Au cœur du débat se trouve la révision du Statut particulier, destinée à harmoniser les conditions des enseignants du Pré-Universitaire, du Technique et du Supérieur. Mais l’absence du SNAESURS à la table des négociations bloque toute avancée, et le dossier est désormais reporté à février 2026.
Les discussions ont aussi été perturbées par des rumeurs de corruption évoquant des « sacs noirs remplis d’argent » destinés à certains négociateurs. Bien que démenties publiquement, ces accusations témoignent d’un climat de suspicion. L’USTG a appelé ses membres à « privilégier la négociation » jusqu’au 31 janvier 2026, un message accueilli avec prudence par le SLECG, qui réaffirme néanmoins sa solidarité dans la lutte commune.
Parmi les clarifications apportées, certains avantages attribués aux enseignants du supérieur relèvent d’un décret général de la fonction publique et non du Statut particulier. Quant aux enseignants contractuels communaux non retenus et à ceux de la zone spéciale de Conakry, ils bénéficieront d’une priorité pour les prochains concours et pour leur intégration dans le pré-universitaire.
La reprise des discussions en février 2026 sera déterminante pour l’avenir de la profession. Entre avancées salariales, divergences de méthode et blocages structurels, le secteur éducatif guinéen reste face à un défi majeur : trouver un compromis durable qui garantisse à la fois stabilité et motivation des enseignants.
Par Madiba Kaba
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